Extrait d’un récit de vie.
Direction Istanbul !

Voiture de marque Citroën 2CV stationnée devant un paysage de Grèce.

« Avec les quelques sous qu’il avait économisés durant ses études, Marcel s’était acheté une 2 CV. Au cours de l’été 1969, plusieurs de ses amis prévoyaient de partir en vacances à Istanbul. Audacieux, le jeune homme proposa à Michèle cette équipée à deux, en voiture ! Une fois encore, elle pensa que son père n’accepterait jamais.

— Nous n’avions même pas vingt et un ans, l’âge de la majorité d’alors. Ce qui a fini de le convaincre, c’est que l’une de mes copines, Mireille, ait consenti à m’accompagner. Ainsi, elle nous servirait de « chaperon » !

Afin de préparer au mieux ce long voyage, Marcel s’inscrivit à l’Automobile Club de France. L’agent de leur filiale du Nord prit autant de plaisir que lui à organiser ce circuit, à en choisir les étapes incontournables. C’est également lui qui fournit à Marcel toutes les cartes routières nécessaires au trajet. C’était un beau projet, inédit pour l’époque.

Les trois jeunes gens partirent donc de Saint-Étienne avec quelques affaires et une simple tente. En bon bricoleur, Marcel avait emporté de la ficelle et du fil de fer. Il estimait qu’« avec ça, ils s’en sortiraient toujours ! » Heureusement, comme ils l’apprendront par la suite, ils ne rencontrèrent pas les mêmes soucis mécaniques que des amis qui les avaient précédés. La 2 CV était une voiture fiable, dont ils se serviront longtemps encore après.

Michèle conserve quelques anecdotes savoureuses de leur périple.

— Nous avons parcouru l’Italie, la Yougoslavie, la Grèce… À Venise, nous avons passé la nuit à regarder décoller les avions, parce que, sans nous en douter, nous nous étions installés près de l’aéroport !

[…] En Grèce, ils roulaient paisiblement sur une voie déserte quand la police les arrêta, sans motif aucun. À l’époque de cette période dite de la « dictature des colonels », les autorités pouvaient vous envoyer en prison au moindre prétexte. Nos jeunes touristes n’ont pas cherché à discuter — de toute façon, les agents ne parlaient pas anglais, et eux ne comprenaient pas le grec —, ils ont payé l’amende et ont aussitôt redémarré, en espérant ne pas être suivis !

Un soir, ils installèrent leur tente près de la mer, sur une petite butte de sable à l’abri des vagues. Réveillés en pleine nuit par un orage impressionnant, ils se cramponnèrent à la toile de leur abri chancelant pour l’empêcher de s’envoler sous la force d’un vent devenu fou !

[…] Ce voyage concrétisait, pour le jeune couple et leur amie, une multitude de premières expériences. Ainsi, goûter à la saveur si particulière du breuvage turc fut une expérience surprenante pour notre nordiste habitué à boire beaucoup de café. Curieux de tout, Michèle et Marcel adoraient déambuler dans les souks, côtoyer cette exubérance bigarrée, se mêler au grouillement de la population. Les habitants se montraient accueillants, d’une approche très conviviale. Dans les restaurants, les chefs les autorisaient à choisir leur menu directement en cuisine.

Jamais l’un ou l’autre n’était parti aussi loin. Ils se sentaient transportés dans un univers parallèle, où tout ce qui les entourait semblait irréel. Ils restaient sans nouvelles de leur famille, ou des amis qu’ils auraient dû rejoindre à Istanbul, et ils ne savaient rien non plus de ce qui se passait dans le monde.

— Nous avons quand même appris, le 21 juillet, que des astronautes américains avaient marché sur la Lune.

Certes, la distance n’était pas comparable, mais effectuer un tel trajet en voiture — une 2 CV de surcroît — valait bien l’exploit de la NASA ! »

À votre tour, vous souhaiteriez faire appel à une écrivaine biographe pour écrire votre récit de vie ?

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